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La protection des troupeaux mise en échec dans le Vercors

La protection des troupeaux a échoué à Bouvante, dans le Vercors : une attaque de loups y a tué 64 brebis malgré chiens et clôtures électrifiées.

Soixante-quatre brebis tuées en une nuit à Bouvante

Dans la nuit du 30 au 31 août 2026, des loups ont attaqué un troupeau installé sur un alpage de la commune de Bouvante, dans le Vercors, à 1 400 mètres d'altitude. Sébastien Robert exploite ce troupeau depuis 2003, depuis son siège d'Oriol-en-Royans. Il découvre les dégâts au matin. Soixante-quatre bêtes sont mortes. Plus de vingt autres ont disparu, sur un effectif de plus de 570 têtes. Jean-Jacques Dallon, maire d'Oriol-en-Royans, qualifie l'épisode d'une des plus grosses attaques de loups en plein air jamais recensées en France. L'Office français de la biodiversité, de son côté, a relevé des morsures caractéristiques et conclu à une action vraisemblablement due au loup.

Le troupeau n'était pourtant pas sans protection : deux chiens patous et des filets électriques entouraient les bêtes cette nuit-là. Ce dispositif suffit d'ordinaire à limiter les pertes à quelques bêtes. Il n'a pas empêché soixante-quatre morts en une seule nuit. C'est cet écart, entre le dispositif en place et son résultat, qui fait de Bouvante un cas à part — plus qu'un simple fait divers pastoral parmi d'autres.

Les chiffres relevés dans les jours qui ont suivi l'attaque :

  • Troupeau présent sur l'alpage : plus de 570 bêtes
  • Brebis tuées : 64
  • Brebis disparues : plus de 20
  • Chiens de protection en place : 2 patous
  • Autre dispositif : filets électriques autour du parc de nuit
  • Loups légalement tués en Drôme depuis janvier 2026 : 10, contre 6 sur la même période en 2025

Pourquoi le dispositif n'a pas tenu

Un troupeau scindé par le relief

Selon Sébastien Robert, un accident de terrain a empêché les deux patous de voir un lot secondaire de brebis qui s'était détaché du groupe principal pendant la nuit. Ce sous-groupe, hors du champ de vision des chiens, a concentré la quasi-totalité des attaques. La protection canine repose sur un principe simple : les chiens doivent rester au contact direct des bêtes. Un troupeau qui se scinde dans un relief accidenté crée un angle mort. Ni les patous ni les filets ne le couvrent plus dans ces conditions.

Une pression de prédation en hausse dans le massif

Plusieurs meutes sont aujourd'hui établies dans le Vercors. L'Office français de la biodiversité avance une hypothèse, sans certitude définitive : des loups mâles adultes seraient en train d'apprendre à chasser à des jeunes. Cela expliquerait un nombre de victimes largement supérieur à ce qu'une attaque cause d'ordinaire. À l'échelle nationale, l'OFB estimait la population de loups à 1 082 individus en 2025, dans une fourchette de 989 à 1 187. Le plafond de prélèvements autorisés pour 2026 est fixé à 21 % de cet effectif, soit 227 loups, un taux qui peut être relevé à 23 % en cours d'année selon la pression de prédation constatée. La direction départementale des territoires de la Drôme a engagé les procédures d'indemnisation de l'éleveur dès les premiers jours de septembre. Quatre maires du secteur se sont rendus le 8 septembre auprès de Sébastien Robert pour constater les dégâts.

La protection canine, efficace ailleurs, atteint sa limite à Bouvante

Chiens de protection et clôtures électrifiées restent, sur la majorité des alpages du massif, le dispositif qui limite le nombre de victimes par attaque à quelques bêtes plutôt qu'à plusieurs dizaines. L'épisode de Bouvante n'invalide pas cette efficacité générale. Il en montre la limite précise : celle d'un troupeau nombreux, dispersé sur un terrain qui casse la ligne de vue des chiens. Sébastien Robert résume la difficulté en une phrase : « On a des attaques beaucoup trop importantes, de ce style. » Les élus locaux, eux, réclament davantage de tirs de prélèvement pour réguler la population de loups — une demande distincte de celle de la protection des troupeaux elle-même. L'année 2026 a par ailleurs été déclarée année internationale du pastoralisme par les Nations unies, un rappel du poids économique de cette activité dans des massifs comme le Vercors.

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